JPB - Manifestation historique à Bayonne : le jour d’après

Publié le par Abertzaleen Batasuna

Manifestation historique à Bayonne : le jour d’après

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13/11/2012

C. SUHAS et G. TABERNA

Celle du 7 janvier dernier à Bilbo était “colossale”, celle de samedi à Bayonne fut “historique”. La manifestation en faveur des droits des prisonniers politiques basques a réuni

15 000 personnes dans les rues de la ville, “du jamais vu” depuis plus de trente ans s’extasiaient les plus expérimentés.

15 000 personnes qui se sont ensuite massées, comme elles ont pu, sur la place St-André pour “l’acte final” d’une manifestation marquée du sceau de l’arrestation d’Aurore Martin une dizaine de jours plus tôt.

Le mouvement Herrira, convocateur de la manifestation, soutenu par la plateforme Bake Bidea (Le chemin de la paix) qui réunit élus de tous bords, syndicalistes ou acteurs socioculturels, se félicite évidemment de la mobilisation. “Il y a eu un appel très large et ça s’est vu dans la rue” se réjouit Emili Martin, l’une des porte-parole. Derrière la banderole bleue “en faveur du respect des droits des prisonniers politiques basques” de nombreux élus, surtout de gauche, se serraient les coudes, sous les trombes d’eau.  Parmi eux, les élus socialistes Frédérique Espagnac, Colette Capdevielle, Sylviane Alaux et Kotte Ecenarro, le porte-parole du NPA et ancien candidat à la présidentielle Philippe Poutou,  la conseillère régionale écologiste Alice Leiciagueçahar, le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, l’élue de la majorité bayonnaise Martine Bisauta ou encore Laura Mintegi, candidate EH Bildu au poste de Lehendakari.

Seule représentante du centre, Christine Bessonart (Modem), maire de St-Pée sur Nivelle et  présidente du Biltzar des communes du Pays Basque, était un peu plus en retrait. “C’est réconfortant de voir autant de monde” déclarait-elle en fin de manifestation. “Ça prouve que nous ne sommes pas si individualistes que cela”. Le sénateur  centriste Jean-Jacques Lasserre (Forces64), qui n’était pas dans le cortège, affirme,lui, que la manifestation “a été regardée avec beaucoup d’attention par le gouvernement.Il ne pourra pas y rester insensible” ajoute l’élu. Et pourtant jusqu’à aujourd’hui, le conseiller général avoue ne pas avoir “constaté de signes positifs évidents” de la part du gouvernement français dans le sens du processus de paix. Il estime, au lendemain de cette manifestation d’ampleur qu'il “ne faut pas décevoir l’espérance” qui est née.

L’étincelle Aurore Martin

Un chiffre historique, que certains (beaucoup ?) imputent aux évènements qui ont précédé la manifestation. La large médiatisation et le tollé qu’ont suscité l’arrestation puis l’extradition d’Aurore Martin le 1er novembre dernier auraient largement contribué au succès de cette mobilisation, bien que les élus tiennent à rappeler que leur engagement est antérieur à la remise aux autorités espagnoles  de la militante de Batasuna. “Nous serions quand même venus” déclarait par exemple Philippe Poutou pour le NPA, “car nous sommes favorables aux revendications d’Herrira”.

Même son de cloche du côté des socialistes, pour qui “l’arrestation d’Aurore Martin, malheureusement, ne change rien” à en croire les paroles de la députée Frédérique Espagnac qui affirmait  lors de la manifestation n’avoir “aucun message aujourd’hui” pour le gouvernement français. À ses côtés, S. Alaux, parlait “de réagir absolument aux derniers évènements et aux dernières déclarations”. Pour Max Brisson, ce “grand succès populaire” montre que l’arrestation d’Aurore Martin a suscité “une émotion” qui a donné “une ampleur qu’elle n’aurait peut-être pas eu autrement” à cette manifestation. Une “émotion” qui aura en tout cas fait parler d’elle dans les médias hexagonaux, et qui donne de l’espoir à M. Bisauta. “La réponse populaire massive doit faire réaliser au gouvernement ce qui se passe en Pays Basque”.

L’élue bayonnaise attend, pourquoi pas, une déclaration de  F. Hollande qui tient une conférence de presse aujourd’hui à 17heures à l’Elysée. “Nous voulons entendre sa parole de président après celle d’opposant qui réclamait la clémence” pour A.Martin.  “Je voudrais savoir si le changement, c’est ça.” concluait Martine Bisauta. 

 

Aussi tenaces que la pluie

Les lanternes des familles de prisonniers ouvraient la marche de samedi. Le son des cloches des joaldun résonnait au-dessus du bruissement de la pluie. Une pluie battante qui a accompagné les manifestants, venus par milliers à Bayonne pour envoyé un message fort à l’Etat français.

“Ces images seront vues et observées depuis Paris, les slogans seront entendus. Depuis Paris ils sentiront alors la nécessité et le désir d’une paix juste en Pays Basque”, avait lancé l’écrivaine Marie-José Basurco, accompagnée du musicien Mixel Etxekopar et de la porte-parole d’Herrira Nagore Garcia. A l’heure où ils prenaient la parole, les derniers manifestants n’avaient pas encore quitté la place des Basques, point de départ du cortège. La marée de parapluie avait pour lors envahi la place Saint-André. Le sentiment d’avoir relevé le défi fixé quelques mois auparavant amenait le sourire aux lèvres des participants. Effectivement, la demande de reconnaissance des droits des prisonniers et des réfugiés a fait le tour de la presse française dimanche.

“Ils vont devoir réfléchir à quelle réponse apporter à une telle mobilisation, ils vont devoir tenir compte de la volonté d'une large partie de la société et revoir leur attitude maintenue jusqu'à aujourd'hui. Ou bien continuer ainsi de bafouer les droits de l'Homme et de tourner le dos à la paix” poursuivait l’écrivaine du haut des escaliers du Châteux-Neuf.

Sur les côtés, les photos des prisonniers portées par les membres de leurs familles. Derrière eux, une grande banderole : “On vous aime”.

“Euskal presoak etxera !” (retour des prisonniers) ; “Iheslariak etxera !” (retour des exilés) ; “Presoak kalera, amnistia osoa !” (libération des prisonniers, amnistie totale), tels étaient les slogans qui ponctuaient les prises de parole.

Le respect des droits de l’Homme serait la base du chemin vers la paix, selon les intervenants qui interpellaient ceux qui détiennent les clés des prisons.

À l’avenir, “il sera indispensable par la suite de continuer d’approfondir les points qui nous rassemblent et de continuer de mettre la pression à Paris et à Madrid avec pour objectif de les faire changer d’attitude”. Objectif final : la paix.

En attendant la mobilisation continue. Herrira a lancé un appel à participer, entre autres, à la grande manifestation du 12 janvier prochain à Bilbo.

Les derniers mots ont été prononcés en solidarité aux milliers de prisonniers kurdes en grève de la faim en défense des droits fondamentaux.

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