Sud Ouest - Affaire Aurore Martin : les élus ne croient pas Manuel Valls

Publié le par Abertzaleen Batasuna

Affaire Aurore Martin : les élus ne croient pas Manuel Valls

La mobilisation derrière Aurore Martin transcende tous les clivages politiques

La situation d'Aurore Martin crée un large consensus.

La situation d'Aurore Martin crée un large consensus. (Bertrand Lapègue )

Ils étaient des dizaines, réunis derrière la bannière de Bake Bidea (1), samedi matin. Moins de deux jours après l'arrestation de la militante indépendantiste basque Aurore Martin, à Mauléon.

Simples citoyens mais aussi représentants politiques de toutes sensibilités, de l'UMP au NPA, bien au-delà des formations abertzale plus naturellement attendues. Pareil consensus est inédit. D'une même voix, tous appellent à manifester aujourd'hui, à 13 h 30, devant la sous-préfecture, à Bayonne.

Les élus ne croient pas Valls

Hier, dans nos colonnes, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls affirmait ne pas être intervenu dans l'exécution du mandat d'arrêt européen (MAE) d'Aurore Martin. Il renvoie à « une décision de justice appliquée sous l'autorité du parquet général de Pau », dans le cadre de la séparation des pouvoirs judiciaire et politique. Il a aussi sermonné les élus locaux « notamment les parlementaires qui votent les lois et demandent qu'on n'applique pas la loi ».

Max Brisson (UMP) : « Sa réaction, froide et technocratique, me laisse sceptique quant à sa connaissance des réalités du Pays basque. Je déplore la manière dont le ministre de l'intérieur donne des leçons à des élus qui travaillent depuis les années 1990 à faire avancer la question basque. Qu'il sache qu'il n'a pas le monopole de l'esprit républicain. »

Jean-René Etchegaray (MoDem) : « A qui peut-on faire croire qu'une telle décision a été prise sans que le gouvernement n'en sache rien ? En droit français, le parquet dépend du pouvoir, il prend ses ordres du pouvoir politique. Je suis juriste et j'affirme aussi que le pouvoir politique, en opportunité, a la possibilité de ne pas donner suite au MAE. Aurore Martin est la victime expiatoire d'un accord diplomatique entre la France et l'Espagne. Je vois beaucoup de cynisme dans cette affaire. »

Jean-Jacques Lasserre (Conseil des élus du Pays basque) : « M. Valls la joue Ponce Pilate. Ce sont ses hommes qui ont procédé à l'arrestation et une telle ignorance des faits m'étonne. Il a raison de dire que la lutte contre le terrorisme a permis le processus de paix, mais il commet une grave erreur en bafouant les acteurs du Pays basque qui le font avancer. Parmi eux, il y a des élus envers lesquels il se montre d'une grande prétention. »

Colette Capdevielle (PS) : « Je suis avocate et cette affaire pose la question du MAE. Il facilite les procédures, par rapport à l'extradition. Avec l'extradition, l'État qui exécute doit vérifier la double incrimination. Il n'est pas tenu de livrer un ressortissant pour des faits qui ne sont pas punis sur son sol. Avec le MAE et le chiffon rouge du terrorisme, le même État n'a pas à faire ce contrôle. Autrement dit, Aurore Martin n'aurait pas été remise à l'Espagne dans le cadre d'une extradition. »

Olivier Dartigolles (PC) : « Les explications de M. Valls me semblent embarrassées et peu assurées, en tout cas peu convaincantes. On l'a connu plus assuré pour défendre sa politique. J'y vois un malaise face à un mensonge d'État. »

Jean-François Lefort (Batasuna) : « S'il affirme ne pas être à l'origine de l'arrestation, M. Valls assume complètement ce qui s'est passé. Il remet même en cause l'existence d'un conflit politique au Pays basque. Son attitude va à l'encontre de l'engagement pour la paix de la société basque. »

Peio Etcheverry-Aintchart (Abertzaleen Batasuna) : « Le ministre a la réaction d'un enfant pris les doigts dans le pot de confiture. Personne ne croit à une arrestation fortuite. Le MAE est à revoir, on a besoin d'un code de justice européen, une harmonie de la justice entre les États. Sans cela le MAE n'a pas de sens. Peut-être la justice est-elle passée, mais la diplomatie doit aussi passer maintenant. La France doit demander à l'Espagne la libération d'Aurore Martin. »

L'avocate Laurence Hardouin a porté les paroles de Bake Bidea : « L'arrestation d'Aurore Martin n'est rien d'autre qu'une provocation pouvant porter atteinte au processus de paix ». Celui engagé par la conférence d'Aiete, voilà un peu plus d'un an, réunion internationale très vite validée par le dépôt des armes de l'organisation séparatiste ETA.

À « Moi président »

« Nous ne tentons pas de faire oublier que nous avons nous-même tenté d'appliquer le MAE d'Aurore Martin », avance prudemment l'élu bayonnais Christian Millet Barbé, ici porte-parole de l'UMP 64. Mais il invoque le temps passé depuis cet échec (2) et la prudence observée par la suite : « Aurore Martin a vécu normalement. Il semblait qu'un modus vivendi s'était installé. » Aujourd'hui, l'UMP qui « n'a pas besoin de MAE pour combattre les idées de Batasuna », se dit « choquée » par le sort d'Aurore Martin.
Le président du Conseil des élus du Pays basque, Jean-Jacques Lasserre, le juge « profondément injuste ».

« Il faut plus de courage aujourd'hui pour s'engager dans le processus de paix que pour mettre en œuvre des décisions brutales. » Au nom du MoDem, Michel Veunac lui emboîte le pas : « Qu'est-ce que c'est que ce pays qui extrade ses ressortissants pour des faits mineurs commis il y a quelques années ? Le Pays basque n'a pas besoin de rodomontades, ni de coups de menton ».

Martine Bisauta, élue bayonnaise notamment investie dans le débat territorial et les démarches de paix, a « une question pour ''Moi président''…» « François Hollande, son Premier ministre, doivent nous dire s'ils étaient prévenus, s'ils sont à l'origine, s'ils sont d'accord avec ce qui s'est passé. » Et d'ironiser, non sans amertume, sur « ceux qui nous ont fait croire qu'ils voulaient changer quelque chose à notre vie et feraient bien de s'y mettre sérieusement ».

La sénatrice Frédérique Espagnac soutient le gouvernement de ceux-ci. Mais Aurore Martin la sépare de « son » gouvernement. « Je ne comprends pas cette décision d'exécuter le MAE ». Elle rappelle « que des partis interdits en Espagne ne le sont plus aujourd'hui ». Allusion à Sortu, formation née de Batasuna, autorisée au terme d'un long débat juridique. Rappelons qu'Aurore Martin est aujourd'hui emprisonnée près de Madrid pour ses interventions publiques aux côtés de Batasuna, en Espagne. Là-bas, le parti de la gauche radicale abertzale est interdit, pas en France.

Question au gouvernement

Frédérique Espagnac promet que les parlementaires socialistes du Pays basque saisiront le Conseil constitutionnel « sur la question de l'application du MAE en France ». Les propos de Xabi Anza, représentant du syndical ELA, lui font écho quand il exhorte « le gouvernement français à rétablir la sécurité judiciaire de ses ressortissants ». Pour lui, l'affaire Aurore Martin caractérise un délit d'opinion.

Au nom d'Abertzaleen Batasuna, Peio Etcheverry-Aintchart s'interroge sur « la stratégie du nouveau gouvernement pour le Pays basque ». « Quelle trace veut laisser la France dans l'histoire au regard de la situation du Pas basque ? C'est de faiseurs de paix que nous avons besoin. » Daniel Camblong, du Parti nationaliste basque (PNB), fustige « une faute politique ». Daniel Romestan le promet, « les parlementaires communistes poseront une question écrite au gouvernement ».

Bake Bidea a tenu à ce que ses derniers mots parlent de paix. « Nous appelons la société civile à suivre notre démarche et ne pas céder aux provocations ». La manifestation d'aujourd'hui sera un test important de la mobilisation affichée samedi.

(1) Bake Bidea signifie en basque « le chemin de la paix ». Ce collectif issu de la société civile soutient le processus de paix au Pays basque.(2) Le 21 juin 2011, la police judiciaire tentait d'interpeller Aurore Martin, dans un immeuble de la rue des Basques à Bayonne. La mobilisation populaire, plusieurs dizaines de personnes venues des rues voisines, se sont interposées, empêchant l'exécution du MAE.

Le tacle de Fillon 

En campagne pour la tête de l'UMP, l'ancien Premier ministre François Fillon a réagi au micro de nos confrères de France Bleu Béarn, à l'exécution du MAE d'Aurore Martin. « Mon gouvernement n'a pas pris cette décision », a-t-il affirmé. C'est un peu vite oublier la tentative manquée d'arrestation de la militante, le 21 juin 2011, dans les rues de Bayonne. Il est vrai qu'après c'est échec, un sorte de moratoire tacite sur son arrestation avait épargné Aurore Martin...

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Publié dans Berriak - Infos

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