Pays basque info - Après l'affaire Egunkaria

Publié le par Abertzaleen Batasuna

Après l'affaire Egunkaria


Il y aura sans doute un avant et un après l'affaire Egunkaria. En Pays Basque, mais également en Espagne. Les dysfonctionnements du système judiciaire espagnol ont été mis en lumière comme jamais auparavant. L'affaire Egunkaria est devenu l'affaire Outreau du système judiciaire espagnol.

 

Les manquements ont été tellement flagrants que l'Audience Nationale a dû acquitter les prévenus sans se limiter à un simple acquittement, mais en listant les dysfonctionnements et en réglant au passage quelques comptes avec tout le système de l'Audience Nationale, administration judiciaire d'exception mise en place à l'époque franquiste, et qui sévit encore de nos jours.

Tous les échelons de l'appareil judiciaire sont mis en cause, à commencer par les pouvoirs importants du juge d'instruction qui, du jour au lendemain, à décider de fermer un journal, passant outre la liberté d'information et d'expression, sans tenir compte des garanties prévues dans la Constitution espagnole. Une procédure inquisitoriale basée sur un dossier fabriqué de toute pièce par la Garde Civile, répondant à un élan répressif du gouvernement Aznar.

Dans cette affaire, la garde civile passe du rôle d'accusateur à celui d'accusé. Le dossier a été imaginé par ce corps militaire hérité du franquisme, et qui n'a pas hésité à torturer les journalistes arrêtés afin d'étayer sa thèse par des aveux arrachés lors des interrogatoires. Des éléments reconnus par le tribunal dans le délibéré, qui estime que le juge d'instruction n'a pas pris toutes ses précautions pour s'assurer du bon déroulement de la garde à vue et éviter ainsi les mauvais traitements.

Le jugement critique également l'importance donnée à la Garde Civile, juge et partie dans cette affaire, puisque ce sont les mêmes Gardes Civiles enquêteurs qui ont monté le dossier et qui ont été cités devant le tribunal, mais cette fois-ci comme experts. Le non-respect de la présomption d'innocence, le recours à l'emprisonnement préventif, les sommes astronomiques demandées aux prévenus pour leur libération conditionnelle, le rôle des médias espagnols dans cette affaire, qui après avoir justifié la fermeture d'Egunkaria ont criminalisé le journal et ont tout fait pour que les prévenus soient condamnés, mais qui aujourd'hui se disent révoltés par cette « erreur judiciaire ».

L'importance donnée à l'Accusation populaire est également mise sur la sellette. L'Accusation populaire -un genre de partie civile mais sans être directement concernée par l'affaire et constituée au nom de l'intérêt général - représentée par l'extrême droite espagnole et l'association des victimes du terrorisme AVT association extrémiste espagnole. L'Accusation populaire -devenue « un parquet bis » selon les dires même du procureur général d'Espagne, Conde Pumpido, numéro 1 du parquet espagnol-, qui n'a pas hésité à rappeler l'affaire Ibarretxe, qui vit s'asseoir l'ancien lehendakari, l'actuel Patxi Lopez et Arnaldo Otegi sur le banc des accusés pour avoir tout simplement dialogué.

De Egin à Egunkaria
Mais comment tous ces éléments qui ont permis d'acquitter les cinq d'Egunkaria n'ont-ils pas permis, il y a à peine quelques mois, l'acquittement des journalistes du quotidien Egin, également fermé en 1998 sur la base des mêmes accusations, des mêmes pseudo-preuves et notamment les mêmes documents saisis à l'ETA en 1991 à Bidart ?

Le système judiciaire espagnol vit un séisme sans précédents. Le juge star de l'Audience Nationale, Baltasar Garzon est assis au banc des accusés pour son enquête sur le financement du Parti Populaire espagnol et les responsables du franquisme. Baltasar Garzon aura été le juge qui aura vu défiler devant ses yeux le plus grand nombre de détenus basques torturés dans les commissariats lors des gardes à vue et présentés devant lui, sans pour autant bouger le petit doigt, ne serait-ce que pour faire un semblant d'enquête sur ces tortures. Alors qu'il n'a pas hésité à s'attaquer aux dictateurs argentins ou à Pinochet. Et ce n'est qu'aujourd'hui alors qu'il s'attaque au financement des partis politique et à la dictature franquiste, qu'il est mis hors service... Un séisme des plus forts, alors que des milliers de juges espagnols ont dénoncé la politisation du système judiciaire espagnol, alors que le renouvellement du tribunal constitutionnel espagnol, la plus haute instance judiciaire est complètement bloqué depuis trois ans par manque d'accord entre le PSOE et le PP.

Mais la trêve n'aura duré que quelques jours. Le gouvernement espagnol a coupé court à cette discussion engagée autour du dysfonctionnement de l'Audience Nationale. En arrêtant les avocats qui plaident dans la plupart des affaires de l'ETA, en disant que « les avocats des membres présumé de l'ETA sont également membres présumés de l'ETA », en faisant taire les avocats en charge du dossier Jon Anza, le ministre de l'Intérieur a vite fait de dévier les regards dirigés vers l'Audience nationale, tout en s'attaquant aux droits de la défense. La presse, comme lors de la fermeture d'Egunkaria, n'a fait que suivre les consignes dans cette nouvelle affaire. Un nouveau dossier, plein de relents de cette Espagne de l'ancien régime, qui ne peut se défaire de ses réflexes dictatoriaux.

 

http://www.paysbasqueinfo.com/eu/component/zine/article/560-aprs-laffaire-egunkaria-.html

 

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