Libération - Aurore Martin: Valls affirme n'avoir pris «aucune décision»

Publié le par Abertzaleen Batasuna

Aurore Martin: Valls affirme n'avoir pris «aucune décision»

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par la police espagnole le 2 novembre 2012 montrant la remise d'Aurore Martin à la Guardia civil
Capture d'écran d'une vidéo diffusée par la police espagnole le 2 novembre 2012 montrant la remise d'Aurore Martin à la Guardia civil (Photo AFP)

RÉCIT Accusé d'avoir livré la militante basque aux autorités espagnoles, le ministre de l'Intérieur se défend de toute intervention dans une interview au journal Sud Ouest dimanche.

Par LIBERATION (avec AFP)

Il était la cible de toutes les critiques depuis jeudi, jour de l'arrestation de la militante basque Aurore Martin et de sa remise aux autorités espagnoles. Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls était accusé de  «provocation», d'avoir osé ce que Sarkozy lui-même n'avait pas osé faire en livrant la jeune femme à l'Espagne, où elle risque jusqu'à douze ans de prison pour avoir assisté à une réunion publique de Batasuna en France... en toute légalité.

 «Je n'ai pas aucune décision», se défend Manuel Valls dans une interview à Sud Ouest dimanche«L’exécution du MAE (mandat d’arrêt européen, ndlr) est une décision de la justice. La décision a été appliquée sous l’autorité du parquet général de Pau. Ce n’est pas du ressort du ministre de l’Intérieur que je suis.» Le ministre de l'Intérieur nie au passage toute opération policière ciblée. «Aurore Martin a été arrêtée lors d’'un contrôle routier habituel en cette période de vacances», assure-t-il. «Je démens toute autre version des faits.»

Même tonalité pour la ministre de la Justice Christiane Taubira. Dans un communiqué publié samedi en fin de journée, elle «rappelle que la remise de Mme Martin à la justice espagnole s’est opérée dans le strict cadre du mandat d’arrêt européen», qui est une «opération de juge à juge, les autorités gouvernementales n’intervenant plus», et souligne que l’intéressée avait épuisé toutes les voies de recours juridiques.

Protestations à gauche comme à droite

 La polémique avait enflé dans la journée de samedi. Des représentants de partis politiques -de droite comme de de gauche-, syndicats, associations et membres de la société civile réunis lors d'une conférence de presse à Bayonne ont fustigé le ministre de l'Intérieur et demandé des explications à François Hollande sur les conditions de l’arrestation et la remise à l'Espagne jeudi de la militante basque Aurore Martin.

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"En juillet 2011, François Hollande en vacances au Pays basque avait demandé la clémence à Claude Guéant concernant Aurore Martin. Que pense-t-il aujourd’hui de son ministre de l’Intérieur Manuel Valls?", a demandé Laurence Hardouin, de la Cimade.

"Nous avions dénoncé l'application de ce MAE (mandat d'arrêt européen) pour un délit d'opinion lors du précédent gouvernement. L'orchestration de la remise à l'Espagne est inadmissible", a-t-elle estimé.

"On nous dit que cette arrestation est fortuite. Je demande au gouvernement de procéder à une enquête", a de son côté déclaré le sénateur des Pyrénées-Atlantiques Jean-Jacques Lasserre (Modem).

L'écologiste Martine Bisauta, adjointe au maire de Bayonne, a demandé à "François Hollande, président normal (…) de répondre normalement à notre question".

Représentants du PCF, du NPA, du PS, du Modem, de l'UMP, et de partis indépendantistes basques, et aussi des syndicats CFDT, CGT cheminots, LAB (syndicat basque), ELA (syndicat majoritaire au Pays basque espagnol) et de la Ligue des droits de l’Homme réunis sous la bannière du collectif Bake Bidea (Le chemin de la paix), ont tous demandé qui était à l'origine de l'arrestation et pourquoi la France a fait droit à la demande de l'Espagne.

Selon la sénatrice PS des Pyrénées-Atlantiques Frédérique Espagnac, "il est nécessaire que le gouvernement réponde, pour le bon-vivre en Pays basque". "Nous allons solliciter le gouvernement, intervenir auprès des autorités espagnoles par l’intermédiaire de notre ambassadeur et saisir le Conseil constitutionnel", a-t-elle déclaré.

Alice Leicehaçagar, conseillère régionale (Verts), a résumé le sentiment général: "Nous nous attendions à ce que le gouvernement nous aide à mener à bien le processus de paix au lieu de se livrer à des provocations".

Sylviane Alaux, députée socialiste (PS) des Pyrénées-Atlantiques, a conclu: "Je suis socialiste, je tiens à rester à l’intérieur de mon parti pour porter votre message" (mais) "je veux que mon gouvernement soit l’artisan de la paix".

Les membres du collectif Bake Bidea appellent à un rassemblement le 5 novembre à 13h30 devant la sous-préfecture de Bayonne.

Face aux protestations des élus du pays basque, Manuel Valls a déclaré à Sud Ouest qu'il trouvait «étrange que des élus de la République, notamment des parlementaires qui votent les lois, demandent que l'’on n'’applique pas la loi», tout en affichant sa «confiance» en la justice espagnole.

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