Le Monde - Détention d'Aurore Martin : le gouvernement se dédouane

Publié le par Abertzaleen Batasuna

 

Détention d'Aurore Martin : le gouvernement se dédouane


 

Aurore Martin entourée des autorités de Madrid, le 2 novembre.

Le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, et sa collègue de la justice, Christiane Taubira, se sont défendus, samedi 3 novembre, d'avoir joué un rôle quelconque dans l'arrestation et l'extradition en Espagne de la militante indépendantiste basque française Aurore Martin, interpellée le 1er novembre. Plusieurs associations demandent des explications à François Hollande et au gouvernement sur les conditions d'interpellation de la jeune française, incarcérée à Madrid depuis vendredi en exécution d'un mandat d'arrêt européen (MAE) émis par l'Espagne.

"Je n'ai pris aucune décision", assure Manuel Valls dans une interview au journalSud OuestL'exécution du MAE est une décision de la justice. La décision a été appliquée sous l'autorité du parquet général de Pau. Ce n'est pas du ressort du ministre de l'intérieur que je suis". Il ajoute que Aurore Martin "a été arrêtée lors d'un contrôle routier habituel en cette période de vacances"

Beaucoup doutaient notamment du caractère fortuit du contrôle à l'origine de l'interpellation de la jeune femme, qui encourt 12 ans de prison pour sa participation en Espagne à des réunions publiques comme membre du parti Batasuna, où ce parti est illégal car considéré comme l'aile politique de l'ETA.  La gendarmerie et le parquet général de Pau ont également réaffirmé le caractère fortuit de l'interpellation, lors d'un contrôle d'alcoolémie aléatoire.

 

Le parquet de Pau assure par ailleurs que la remise à l'Espagne de la jeune femme n'était rien d'autre que l'application par ses soins d'une décision judiciaire. Une justification également employée par la ministre de la justice Christiane Taubira, qui rappelle que "la remise de Mme Martin à la justice espagnole s'est opérée dans le strict cadre du mandat d'arrêt européen". Elle aussi s'efforce de dédouaner le gouvernement français en expliquant que le MAE "est une opération de juge à juge, les autorités gouvernementales n'intervenant plus". Enfin, M. Valls comme Mme Taubira tiennent à souligner que la Cour de cassation française et la Cour européenne des droits de l'homme ont rejeté des pourvois d'Aurore Martin.

"S'IL NE S'AGIT PAS D'UNE DÉCISION DE FRANÇOIS HOLLANDE, AURORE DOIT REVENIR"

La remise à la justice espagnole d'Aurore Martin a suscité une vive émotion dans le Pays basque français. Ses soutiens ont continué à donner de la voix, samedi. Le collectif Bake Bidea ("le chemin de la paix") a organisé une conférence de presse réunissant militants associatifs, élus et syndicats pour exiger des explications. Des représentants du PCF, du PS, du MoDem, de l'UMP et de partis indépendantistes basques, de la CFDT, de la CGT cheminots, des syndicats basques ainsi que la Ligue des droits de l'Homme sont solidaires du collectif.

Manifestation de soutien à Aurore Martin le 2 novembre, à Mauléon.

"On nous dit que cette arrestation est fortuite. Je demande au gouvernement de procéder à une enquête"
, a exigé le sénateur (MoDem) Jean-Jacques Lasserre. Adjointe au maire de Bayonne, l'écologiste Martine Bisauta a demandé au"président normal (...) de répondre normalement à notre question""Nous allonssolliciter le gouvernement, intervenir auprès des autorités espagnoles par l'intermédiaire de notre ambassadeur et saisir le Conseil constitutionnel", a prévenu de son côté la sénatrice PS des Pyrénées-Atlantiques, Frédérique Espagnac. "S'il ne s'agit pas d'une décision de François Hollande, Aurore doit revenir", a renchéri Pedro Carrasquedo (NPA).

 "En juillet 2011, François Hollande en vacances au Pays basque avait demandé la clémence à Claude Guéant concernant Aurore Martin. Que pense-t-il aujourd'hui de son ministre de l'intérieur ?", se demande encore le collectif, selon les termes employés lors de la conférence de presse. Dans Sud-Ouest, M. Valls juge "étrange" que des élus de la République française, "notamment des parlementaires qui votent les lois, demandent que l'on n'applique pas la loi".

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