JPB - Saint-Juste-Ibarre : Bethi Aitzina délogée à grand renfort de gendarmes

Publié le par Abertzaleen Batasuna

Saint-Juste-Ibarre : Bethi Aitzina délogée à grand renfort de gendarmes

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07/09/2012

Goizeder TABERNA

Il aura fallu qu’une cinquantaine de personnes se déplacent à son domicile, pour que le maire de Saint-Just-Ibarre, Jean-Pierre Vigneau, accepte de rencontrer aujourd’hui les occupants du Collège Saint-Michel. Une porte qui s’ouvre le jour où l’Etat a fermé celles du collège. Les occupants ont été expulsés des lieux par des gendarmes arrivés en grand nombre.

Neuf fourgons et plusieurs voitures de gendarmes ont perturbé la tranquillité du village hier. Arrivés à 10 heures du matin, ils ont forcé la porte du Collège Saint-Michel à l’aide d’un bélier. Une quinzaine de personnes venaient d’y passer la nuit, comme elles l’ont fait depuis le 21 juillet dernier, jour où les membres de l’association Bethi Aitzina ont investi les locaux, vides depuis trois ans. Ils souhaitaient y proposer des activités culturelles et dénoncer les difficultés qu’ont les jeunes pour se loger.

Cependant, leur projet a été délogé par ordre de la préfecture. “Les occupants ayant refusé de se conformer au jugement [du Tribunal de Grande Instance de Bayonne, du 22/08/2 012], la congrégation religieuse [Les Filles de la Croix, propriétaire du bâtiment] a effectué le 27 août 2012, par l’intermédiaire d’un huissier, une demande de concours de la force publique auprès de la Sous-préfecture de Bayonne en vue de l’expulsion des occupants”, expliquent ses services.

Rassemblement de soutien

L’huissier est effectivement intervenu, mais cinq minutes après que les gendarmes soient entrés dans les locaux, selon les membres de l’association. Ils auraient attendu son arrivée, se défend l’intéressé. Les jeunes étaient “impressionnés” par le nombre de gendarmes mobilisés. Ils les auraient délogés “d’un coup”, “sans rien demander”. Le déménagement a ensuite commencé dans la tranquillité, malgré la colère des occupants.

Lits, canapés, réfrigérateurs, tables, victuailles, pots de peinture… tout ce qui s’était entassé dans les locaux pendant un mois a dû être transporté par plusieurs véhicules. Un déménagement qui a duré plus de quatre heures. Les occupants ont été aidés par des Oztibartar plus âgés et même par les artistes qui se sont produits ces derniers jours sur la nouvelle scène qu’ils avaient à leur disposition. Près de 60 personnes se sont mobilisées devant le collège en soutien à ce projet, hier.

“ça me fait mal au ventre… On ne leur a pas laissé le temps de concrétiser leur projet”, regrette Beñat, un voisin qui suit les événements de loin. “Ils [les autorités locales] n’ont aucun projet pour ces lieux, si ce n’est les vider”, poursuit-il. Le projet a suscité la polémique dans la vallée (voir encadré) et deux pétitions y ont circulé. La première défend l’association Bethi Aitzina et compte avec la signature 16 élus locaux et de 21 organisations. La seconde, lancée par un voisin mécontent, s’oppose à cette occupation.

Maintenant que les jeunes sont sans toit, la balle se trouve sur celui des élus locaux. “Où sont les maires d’Oztibarre ?”, a crié un manifestant. A l’issue de l’intervention de l’Etat, les personnes venues protester se sont dirigées au domicile du maire. Cinq fourgons de gendarme les y ont accompagnées. Deux banderoles y ont été posées et Joana Arbeletxe et Ximun Iturralt ont frappé à la porte du maire. Après les avoir menacés de sortir avec le fusil, dans un premier temps, il a finalement accepté d’écouter les défenseurs de Bethi Aitzina, chose qu’il n’avait pas faite depuis que la situation s’était envenimée.

Il avait reçu les responsables du projet tout au début, mais à aucun moment il n’est allé leur rendre visite sur place, sauf hier et ce pour récupérer les clés du portail. “C’est la première fois qu’il vient sur les lieux et il ne veut même pas discuter avec nous”, s’est offusqué Joana Arbeletxe pendant le “déménagement”. Avec les journalistes n’ont plus il n’a pas voulu parler. Cependant, aujourd’hui, les jeunes auront l’occasion  de présenter leur projet au conseil municipal, à 15 heures.

Alors que la projection du film Gartxot programmé hier soir a été maintenue, les membres de Bethi Aintzina appellent à une manifestation entre l’ancien collège et la mairie samedi à 15 heures, prêts à défendre leur projet.

 

Réactions

Jean-Louis Caset, Conseiller général Forces 64 : “Je n’ai rien à dire, c’est privé”


Jean-Pierre Vigneau, maire de Saint-Just-Ibarre (sur l’expulsion) : “Je n’ai rien à dire. On m’a fait aller là, que je ferme le portail. Le mur à gauche nous appartient et nous avons cinq mètres de terrain communal. Le portail est aux religieuses. Il a fallu que je récupère la clé pour pouvoir ouvrir quand nous aurons des parties au mur à gauche” (sur la rencontre de demain avec les jeunes) “Oui je les reçois. Je les ai déjà reçus. Ils ont un autre projet, on va voir, je ne connais rien pour l’instant” (sur son projet) “Rien pour le moment. Vous savez, moi, je n’ai pas de capitaux”.


Lucien Delgue, président de la Communauté de Communes Iholdi-Ostibarre : (sur l’expulsion) “C’est dans la logique des choses. Il y avait une occupation illégale. Les propriétaires ont saisi la justice qui a ordonné l’évacuation. Les occupants ont laissé passer le délai. Je trouve ahurissant, inadmissible, qu’on occupe des locaux privés sans le consentement des propriétaires. Cette évacuation est donc tout à fait normale” (sur son projet) “Pour moi ce bâtiment a eu depuis toujours un rôle dans l’éducation. Il faudra approfondir cela. Mais encore une fois, il s’agit d’un domaine privé, appartenant à une congrégation religieuse. Il faudra discuter avec elle”.


Sœur Marie-Jeanne Camou
 : “De toute façon, nous avions demandé qu'ils quittent les lieux avant tout négociation. C'était une des conditions pour reprendre la négociation. Une fois que la procédure a été engagée, nous ne l'avons pas arrêtée. Mais nous allons maintenant revenir vers l'ensemble, pas seulement les jeunes, pour l'occupation de ces lieux”.


Jean Lassalle : “Je me sens un petit peu responsable. Ce n’est peut-être pas tous les jours qu’un homme politique dit ça, ni un député. J’ai été informé peu de temps après le début de l’occupation, par des connaissances des occupants. On m’a dit qu’ils étaient très désappointés de voir l’état d’abandon du bâtiment depuis sa fermeture (...) Et que le but poursuivi était de tendre à sa réouverture et à une occupation permanente, tout à fait normale, de ce local. J’ai ensuite été informé par le maire de Saint-Just-Ibarre, d’une manière très responsable, du côté mal vécu de cette occupation par une partie de la population. J’avais indiqué que je ne pouvais approuver une occupation sauvage. Mais aussi que je me sentais responsable, même si je n’étais pas le seul, de l’état d’abandon du bâtiment. J’avais tout fait pour rendre possible le maintien du collège à l’époque, ça l’aurait été si l’évêque avait bien voulu accompagner le mouvement. J’avais plus récemment indiqué au maire que je comprenais son ennui et que j’allais m’investir. Je n’ai rien fait. C’est pour ça que je me sens responsable (...)  Ce qui s’est passé aujourd’hui est légitime quelque part, le rôle de l’Etat est d’éviter des occupations qui ne sont pas prévues (...). J’espère de tout cœur que de l’huile ne sera pas versée sur le feu de part et d’autre. Je prône l’apaisement, pour qu’il n’y ait pas de brouille entre les villageois. Je vais maintenant m’investir, mais la rentrée précipitée me laisse peu de temps. Je me sens moralement lié à l’histoire de ce bâtiment et de ce village”

 

Bethi Aitzina

Bethi Aitzina (toujours en avant, en euskara). Le nom de l’association qui se trouve à l’origine de l’occupation du collège Saint-Michel est ancré dans l’histoire des lieux. Il est même sculpté sur la porte d’entrée du bâtiment le plus ancien qui date des années 50.

Le menuisier qui l’a posée, Alfred Uhart, se souvient comment de nombreux Oztibartar avaient participé à la construction du collège. Il raconte : “étant le plus ancien du village, le mari de ma grand-mère paternelle avait posé la première pierre. Et moi j’ai réalisé la voûte du bâtiment”. Beñat, un voisin du collège, explique que son beau-père avait vendu le terrain à l’Eglise pour un franc symbolique, à l’origine. Quant à l’argent pour la construction, ce sont les habitants de la vallée qui l’ont donné. Alfred Uhart se souvient comment les curés de l’époque avaient fait du porte-à-porte pour financer le projet. De l’argent était même demandé aux concitoyens partis vers les Amériques.

“Bethi Aitzina”. La formule de Saint-Michel Garicoits, prêtre de la vallée ayant redonné vie au séminaire de Bétharam, est témoin de l’esprit de ce lieu fortement marqué par le poids de l’Eglise, mais aussi des clivages qui ont pu exister autour de cet établissement. “Depuis que le bâtiment a été construit le sujet est sensible au village”, explique Beñat. Au départ il opposait les défenseurs de l’école confessionnelle et les défenseurs de l’école publique. Maintenant que des jeunes avides d’expériences nouvelles l’ont occupé, “il oppose les abertzale”, comme dit Beñat, “aux autres”.

Beñat avait été scolarisé dans ce collège. Il y a même fait du théâtre en basque. A une époque, des enfants originaires du Cambodge et d’Afrique du Sud y étaient accueillis, hébergés par les habitants. “Ces lieux ont toujours été ouverts aux autres cultures et maintenant ont la ferme à notre propre culture”, regrette Beñat.

www.lejpb.com

Publié dans Berriak - Infos

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