JPB - La liberté conditionnelle accordée, Iosu Uribetxebarria devra tout de même attendre

Publié le par Abertzaleen Batasuna

La liberté conditionnelle accordée, Iosu Uribetxebarria devra tout de même attendre

p002_01iosu.jpg

01/09/2012

Carole SUHAS

La longue série d’infinis rebondissements et de dénouements, toujours plus imminents, s’est achevée jeudi soir, aux alentours de 21 heures. Après une longue, très longue journée, le juge de l’Audience nationale José Luis Castro validait la liberté conditionnelle demandée par le prisonnier basque Iosu Uribetxebarria. Les premiers moments de joie ont néanmoins vite laissé place à une nouvelle inquiétude.

Bien que la direction du centre pénitentiaire d’Araba ait accordé le bénéfice de la liberté conditionnelle à Iosu Uribetxebarria, le juge Castro a, lui, décidé de prolonger encore un peu plus l’attente du prisonnier arrasatear. Il considère en effet que sa décision d’accorder la liberté conditionnelle ne pourra être effective qu’une fois signée en bonne et due forme, soit seulement cinq jours après l’annonce. Cinq jours pendant lesquels l’accusation peut faire appel de la décision.

Une interprétation d’une disposition interne aux lois régissant le pouvoir judiciaire espagnol qui serait “illégale” selon ce qu’a indiqué l’avocate de Iosu Uribetxebarria, Arantza Aparicio. Selon elle, cet article de loi à effet suspensif ne peut en aucun cas être appliqué dans le cas d’un arrêt tel que celui pris par le juge Castro.

“Politique de vengeance”

C’est pour cette raison que vendredi la défense déposait à son tour un recours contre cette partie de l’arrêt judiciaire, exigeant que la mise en liberté soit immédiate. Ce n’est donc que mardi prochain que les délais pour un éventuel recours seront écoulés et que Iosu Uribetxebarria pourra être libéré.

Le mouvement populaire Herrira, qui se réjouit de la (tardive) nouvelle, rappelle tout de même, par la voie de Jon Garay, que Iosu Uribetxebarria “aurait dû être libéré il y a sept ans, lorsque le premier cancer est apparu. C’est ce qui l’a mené dans cette situation aujourd’hui irréversible”. Une analyse partagée par Inazio Azkarragaurizar, maire Bildu d’Arrasate, qui a rappelé qu’au mois de mai dernier, la municipalité d’Arrasate (avec les votes de Bildu, Aralar et du PNV) avait réclamé la libération de Iosu Uribetxebarria, afin que “la loi soit appliquée” et que le gouvernement espagnol mette de côté “sa politique de vengeance”.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cas Iosu Uribetxebarria, qui n’est pas encore arrivé à son terme, aura réveillé le mois d’août de sa torpeur estivale. Et aura lancé le débat sur la situation des 13 autres prisonniers malades détenus aujourd’hui dans les prisons espagnoles et françaises. Ainsi, le maire d’Arrasate en a-t-il profité pour appeler la société civile à rester mobilisée pour réclamer la liberté de tous les prisonniers gravement malades, tandis que des rassemblements étaient organisés vendredi soir en ce sens à Saint-Jean-Pied-de-Port et Bayonne.

Le “cas école” de Iosu Uribetxebarria s’est étendu à l’ensemble des prisonniers dans une situation similaire. Aussi, une mobilisation est-elle prévue aujourd’hui, samedi 1er septembre, à 17h30 à Donostia. A cette occasion, le Mouvement pour une résolution intégrale du conflit au Pays Basque “dénonce fermement l’attitude de l’Etat espagnol” et estime qu’“il serait inconcevable de construire un processus dans de telles conditions”. Il exige également “la libération des prisonniers malades et ‘conditionnables’, le regroupement de l’ensemble des prisonniers politiques basques en Pays Basque et, de manière générale, l’amélioration des conditions de détention pour faciliter leur participation au processus de paix”.

Lors d’une conférence de presse tenue vendredi à Bilbo, la candidate EH Bildu au poste de lehendakari, Laura Mintegi, a affirmé que cette situation avait mis en évidence l’attitude “intransigeante” du gouvernement de Mariano Rajoy sur le thème des prisonniers malades, et qu’il “reste à voir” ce qui arrivera aux 13 autres. Laura Mintegi a ensuite ajouté que ce cas allait “marquer le chemin” pour atteindre un accord entre idéologies “qui ont été très éloignées et très opposées durant tant d’années”.

 

Des prises de positions tranchées

Patxi López (Lehendakari)

Le gouvernement de Lakua, sous la houlette de Patxi López, a exprimé son respect de la décision du juge de l’Audience nationale et a affirmé que dans ce genre de situations, il fallait respecter ce qu’“imposent la loi et les procédures légales”.

Laura Mintegi (Candidate EH Bildu)

La candidate au poste de lehendakari a indiqué à l’Etat espagnol que “la loi du talion ne peut pas être acceptée de nos jours en Europe” et a demandé à ce même Etat de se comporter comme l’Etat de droit qu’il prétend être.

Antonio Basagoiti (Parti populaire)

Pour le président du PP, le gouvernement central “a bien agi” car “il n’a pas à se laisser imposer des choses par quelqu’un ou quelque chose. Il s’est limité à appliquer la loi de la même manière que l’ont fait les gouvernements antérieurs”.

Iñigo Urkullu (PNV)

Le président du Parti nationaliste basque a estimé que le cas Iosu Uribetxebarria a servi à “exacerber” des velléités “électoralistes” tant du côté du PP que de la gauche abertzale. Selon lui, le débat s’est transformé en “spectacle de tensions politiques”.

Brian Currin (Membre du GIC)

Il considère d’abord que “les droits de l’homme, les règles pénitentiaires européennes et les standards minimaux fixés par l’ONU, tous repris dans la législation espagnole”, doivent être pris pour “référence dans la résolution de cette situation”.

Colette Capdevielle (Députée PS)

Dans les colonnes du Journal du Pays Basque (cf. édition du 11/08/2012), la députée socialiste de la 5e circonscription, se fondant sur le droit européen, a pris position en faveur de la libération du prisonnier atteint d’un cancer.

Jean Lassalle (Députée MoDem)

Le député de la 4e circonscription du Pays Basque déclarait dans nos colonnes le 11 août dernier que “la situation de ce détenu [n’était] pas compatible avec le processus de paix”. Le député centriste s’était en outre déclaré prêt “à s’engager personnellement”.

Sylviane Alaux (Députée PS)

A l’instar de ses collègues députés, la socialiste de la 6e circonscription s’est elle aussi engagée “sans états d’âme” dans le soutien au prisonnier basque, partageant avec Colette Capdevielle l’argument que maladie et détention sont incompatibles.

Jean-Jacques Lasserre (Sénateur)

Le sénateur centriste, présent à la conférence internationale d’Aiete, a appelé à regarder le cas de Iosu Uribetxebarria avec “humanité en prenant en compte le fait que nous sommes dans une situation particulière dans la vie politique de ce pays”.

Martin Garitano (Diputado general Bildu)

Le diputado foral du Gipuzkoa réclamait une solution “pour le bien du prisonnier et celui de la société basque” d’autant plus, a-t-il rappelé, que “l’immense majorité” soutenait le fait que I. Uribetxebarria puisse vivre ses derniers jours chez lui.

www.lejpb.com

Commenter cet article