Lettre à Zapatero

Publié le par Abertzaleen Batasuna

Monsieur le Premier ministre,

Vous n’êtes probablement pas habitué à recevoir des courriers de citoyen-nes ou de formations politiques étrangers à l’État espagnol.

Pourtant, en qualité d’élu-es d’Abertzaleen Batasuna (AB), nous nous permettons par la présente de solliciter votre attention au sujet d’une question politico-judiciaire relevant en grande partie de vos prérogatives, et qui nous concerne également en tant que formation politique de la partie du Pays Basque dépendant de l’État français.

En tant que parti pouvant s’exprimer librement au cœur de la société civile comme dans le cadre de l’ensemble des élections locales ou générales, il nous paraît totalement intolérable que les prochaines élections autonomiques dans la Communauté Autonome d’Euskadi soient organisées sans que puisse se présenter toute une frange de la population, sous couvert de la Loi des partis qui a également provoqué l’illégalisation de plusieurs mouvements du Pays Basque durant ces dernières années.

Certes, l’on argue du fait que la situation de violence que connaît le Pays Basque depuis des décennies est imputable à l’existence d’ETA. À ce sujet, Abertzaleen Batasuna tient à affirmer que cette situation est la résultante d’un problème politique qui ne saurait trouver d’issue que dans la recherche d’une solution elle-même politique, dont deux des principaux corollaires seront la consultation de la population et l’arrêt de toute violence. Abertzaleen Batasuna s’est ainsi publiquement positionné en faveur d’une trêve illimitée d’ETA.

Mais quelle que soit la politique répressive menée par les gouvernements français et espagnol contre cette organisation clandestine, l’argument du lien présumé entre des organisations de la société civile et ETA ne peut de toute manière justifier le fait d’empêcher la confrontation des idées et la représentation de ces dernières lors des élections. Comme aucune élection n’est véritablement libre lorsque l’on tue un élu, aucune n’est libre non plus lorsque l’on empêche une tendance de se soumettre au suffrage populaire. Il est hypocrite d’affirmer qu’une partie de la société du Pays Basque ne respecte pas la démocratie si on l’a d’emblée exclue de ce même champ démocratique, en ne lui laissant pas d’autre choix que la violence.

Monsieur le Premier ministre, Abertzaleen Batasuna souhaite vous rappeler que la dernière fois que des partis politiques ont connu l’illégalité dans l’État espagnol, il s’agissait entre autres du vôtre, le PSOE, et que c’est une époque qui est restée dans l’histoire sous le sombre nom de « dictature franquiste ». Les héritiers de ces anciens clandestins socialistes, dont vous êtes, pensent-ils vraiment qu’en empêchant des citoyens et des citoyennes de s’exprimer librement par les urnes la démocratie en Espagne en sortira indemne ?

En tant qu’abertzale, mais surtout en tant que démocrates, Abertzaleen Batasuna et ses élu-es se sentent solidaires de Batasuna et des autres mouvements et plate-formes illégalisés, ainsi que de leurs membres emprisonnés. Interpellés par toutes les atteintes aux droits fondamentaux dans le monde, nous le sommes d’autant plus qu’elles se produisent chez nous, au cœur de l’Europe.

Alors de la même manière que nous adressons régulièrement notre message à ETA, de la même manière que nous l’adressons également au gouvernement français, nous vous l’adressons aujourd’hui. Nous vous demandons d’agir pour que toutes les tendances politiques puissent s’exprimer librement et défendre leur programme, et pour que la communauté des citoyen-ne-s du Pays Basque puisse par son vote montrer la représentativité de chacune d’elles. Nous vous le demandons au nom des droits civiques, mais aussi au nom de la responsabilité politique qui rend ce geste nécessaire en vue d’une résolution démocratique du conflit basque.

L’histoire a consacré les acteurs politiques qui ont su rester clairvoyants sur ce terrain des libertés publiques, et ont ainsi contribué à mettre fin à des décennies de guerre. La paix en Irlande n’aurait pas pu aboutir sans un John Major ou un Tony Blair à Downing Street, qui ont toujours renoncé à la tentation d’illégaliser le Sinn Fein. Parlera-t-on un jour de la même manière d’un Zapatero à la Moncloa ?

Ce courrier espérant pouvoir compter de votre part sur l’attention que requiert la gravité de la situation au Pays Basque, nous vous adressons, Monsieur le Premier ministre, nos sincères salutations. Abertzaleen Batasuna

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